Méthode perceptive, 1


Pour sa nouvelle exposition, Galerie Showcase a le plaisir d'accueillir Laura Tangre pour sa proposition intitulée Méthode perceptive, 1.

Photographe et réalisatrice de films documentaires, Laura Tangre fait du quotidien l'objet de ses recherches. Par exemple, lorsqu'elle photographie le paysage d'un lac du Jura, elle capture le moment de la sortie de l'eau, un temps où les enfants se sèchent pendant que les adultes annihilent la magie de l'instant en dégonflant la licorne et en mettant un terme au pique-nique (Documentation paysage France, 2020). Ou quand l'eau semble devenir une thématique transversale que l'on retrouve dans ses divers états. Une eau qui trouble plus qu'elle ne lave. Une eau dans laquelle la figure humaine se dissout pour révéler son besoin de disparition (Documentation paysage France, 2019 ; Pas de poids, 2020). En allant à la rencontre des autres, Laura Tangre développe une photographie dite documentaire. Ses sujets, ses cadrages, son attention particulière portée aux personnes, tout semble aller dans le sens d'une photographie qui se voudrait témoignage. Pourtant à bien y regarder de plus près, sa pratique est plus complexe, formée d'entrelacs dans lesquels s'immiscent la multiplicité des mondes. Elle rend compte d'univers où réalité et fiction s'entremêlent, où concret et abstrait s'enchevêtrent, où prose et poésie se complètent sans jamais s'opposer.

Pour son exposition dans Galerie Showcase, Laura Tangre nous donne à voir une recherche en cours sur le portrait. Par fragmentation des corps et des environnements qui les accueillent, ses portraits fonctionnent par assemblage. Ici le corps de l'élagueur photographié est tronqué. Seul le buste nous apparaît mais il suffit à nous troubler. La tête en bas, les bras ballants, les épaules tournées vers ce qu'on ne voit pas, un champ des possibles s'ouvre au regardeur. Le texte qui l'accompagne, écrit par l'artiste, regroupe des actions : élaguer, pivoter, rassembler, se concentrer, disparaître. Cette liste permet d'appréhender l'approche que l'élagueur a de son environnement. On découvre que son attention est portée au détail, à l'insignifiant, à ce dont on se débarrasse lorsqu'on émonde. Se forme dès lors chez le regardeur une sensation fugace, celle de commencer à connaître par ramilles le portraituré. De la même manière, chez Laura Tangre se constitue petit à petit une méthode où le savoir se construit par une attention particulière donnée aux sens. Un empirisme de la sensation dans lequel prend corps la première étape d'une « méthode perceptive ».

L'exposition Méthode perceptive, 1 est en résonance avec le Mois de la Photo de Grenoble, organisé par la Maison de l’Image et dont l’édition 2021 aborde la problématique de l'attention.

Formée à l’École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy, Laura Tangre débute une carrière de réalisatrice de films documentaires en 2012. En 2013, son webdocumentaire « Une jeunesse bosnienne » reçoit le Prix du Public Courrier International du Meilleur Webdoc. Elle réalise ensuite « Demandeurs d'Asile Football Club », « Construire Mazagran », « Terrain Vague » et dernièrement « Un Abri Idéal » sur l'accueil d'artistes en résidence au sein du Centre d'Art de Flaine.