Sur la ligne de crête


Pour sa seconde exposition de la saison, Galerie Showcase a le plaisir d'accueillir Sur la ligne de crête, de Wandrille Duruflé.

Trouver, choisir, composer, assembler, coller, graver, peindre, dessiner, scotcher, tordre, clouer, scier, présenter... Une première succession de verbes pourrait servir à décrire les actions de l'artiste. Nous évoquerions alors une partie seulement de ce qui compose sa pratique mais une position commencerait à se dessiner : l'importance du geste.

Il faudrait établir également une deuxième liste, celle des matériaux : papiers, cartons, bois, contreplaqué, feutre, gouache, peinture aérosol, ruban adhésif, terre, moellon, bâche plastique... Elle resterait non exhaustive et peu propice à l'analyse car dans la pratique de Wandrille Duruflé c'est le milieu qui décide du matériau, comme pour Construction (2007).
Une dernière série viendrait faire émerger la richesse des techniques : monotype, dessin, sérigraphie, installation, photographie... Une nouvelle piste s'ouvrirait, celle de la reproduction. Pourtant, il faudrait la nuancer car pour Wandrille Duruflé, chaque œuvre est unique et ce, même lorsqu'il sérigraphie en quelques exemplaires – c'est le cas d'Étagère (2015). Son intérêt pour ces techniques se porte en effet essentiellement sur l'expérimentation de la matière ou des couleurs.

Pour Sur la ligne de crête, Wandrille Duruflé ressort, choisit, peint, découpe, plie puis colle sa collection de stickers sur des papiers de différentes épaisseurs. L'invitation de Galerie Showcase, conditionnée par l'ouverture sur l'espace urbain et l'étroitesse de l'espace, a induit l'utilisation de ces petits éléments autocollants. Comme pour chacune de ses œuvres, le matériau est utilisé pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour la somme de ses qualités esthétiques, historiques et sociales. À chaque instant, le matériau reste présent, tel que dans le collage/dessin Sans titre (2015). Même caché sous les couches de peinture, le sticker collé resurgit et joue son rôle de communiquant mais aussi de parasite. Il fait ressurgir ce qu'a longtemps été la vitrine, un lieu d'affichage public.
La peinture vient unifier certains autocollants. Des motifs non originels apparaissent. Puis son travail d'agencement vient encore faire émerger d'autres dialogues. Un paysage de formes se construit par la superposition de couches. Peu à peu notre œil s'habitue et quelques cimes viennent donner une seconde lecture à la pièce. Nous sommes face à une chaîne de montagnes. Peut-être est‑ce celle qui se refuse aux passants de la place aux herbes alors que la cité grenobloise en est entourée. À moins que ce ne soit un triangle rouge, une série de rayures bleues et... non il s'agit bien d'un amas de stickers. Comme sur la ligne de crête où seul le rocher qui la constitue est une certitude pour le marcheur, face à l’œuvre de Wandrille Duruflé, seul le matériau d'origine est garanti au regardeur.

Par ses gestes, l'artiste vient créer un paysage de formes où les couches se superposent et rentrent alternativement en dialogue. Une fois l'assemblage constitué, il l'épingle sur le fond de l'espace. La simplicité du geste permet à l’œil de s'arrêter sur le travail de composition, de se perdre dans la complexité d'une chaîne de montagnes... à moins que ce ne soit dans celle d'un nuage.

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